Il ne faut pas confondre le timide et l'indécis. Le timide sait parfaitement ce qu'il veut, seulement il n'ose pas. Au moment de dire ou de faire ce qu'il pense ou ce qu'il veut, il est frappé d'une sorte de paralysie qui le stérilise aussi complètement que s'il avait déplu à des ennemis de son pays. C'est ainsi qu'à un repas, le timide n'ose pas redemander un plat qu'il aime, pas plus d'ailleurs qu'il n'ose refuser de celui qu'il n'aime pas et que, généralement, on lui sert en quantité industrielle, parce que lorsqu'on lui demande s'il aime, il répond oui, n'osant pas dire non, alors qu'il pense non en disant oui. Le timide est la proie rêvée pour les tapeurs professionnels. En effet, il n'ose pas refuser l'argent qu'on lui emprunte, ce qui est déjà bien, mais une fois qu'il a prêté, il n'ose pas le réclamer, ce qui est mieux. Quand, d'avanture, il se trouve devant son débiteur, il affiche un air tellement gêné qu'on a nettement l'impression que c'est lui qui doit de l'argent à celui qui lui doit. Pierre Dac, Arrière-pensées.